Pour une série d’articles qui paraitront une fois par mois, Le Draveur s’entretient avec des blogueurs et journalistes musicaux et culturels indépendants qui ont pignon sur web, en dehors de l’influence et des réseaux des gros médias. Le but de cette série d’entrevues est de mettre un peu de lumière sur le travail presque bénévole de ces mordus de culture et d’en apprendre plus sur leur travail!
Pour commencer cette série d’articles, je me suis entretenus avec Mélissa Pelletier fondatrice du webzine Les Méconnus qui fête aujourd’hui leur troisième année.
De quelle façon a commencé l’aventure des Méconnus?
Tout à commencé par une émission de radio à CISM en janvier 2011 et qui a duré jusqu’en septembre 2012. J’avais le goût de parler d’art underground! Après un an et demi, en mars 2012, j’ai débuté le webzine. J’avais rencontré plein de gens intéressants qui voulaient collaborer à l’émission, mais dans une émission de radio, tu ne peux pas recevoir trop de collaborateur. Finalement, à force de discussion, c’est le photographe Philippe Jasmin qui était venu à l’émission, qui m’a donné le coup de pied dont j’avais besoin pour partir le webzine. Il était partant pour participer au projet en tant que photographe. Je me suis donc monté une petite équipe d’une dizaine de personnes et on a fait monter le site par un technicien informatique Émile Aublet.
Tu as désormais deux collaborateurs pour t’aider avec la gestion du webzine?
Oui, Nicolas Roy et Chloé Leduc-Bélanger. Chloé travaillait comme collaboratrice depuis environ un an. Elle était très allumée et on avait la même vision du projet. Elle a un côté très organisé que j’ai beaucoup moins. Je t’avouerais que je suis plus dans ma tête. Chloé tient un agenda, elle fait des rappels aux collaborateurs et surveillent les dates de tombées. Nicolas, il est une machine à idées. Tu vas prendre une bière avec lui et il va te shooter 15 000 concepts. On avait parti un club de lecture des Méconnus, qu’on faisait une fois par mois. Je commençais à cette époque un emploi temps plein au Huffington et je n’arrivais plus a tout gérer toute seule. Je me demandais comment ça allait tourner et les deux se sont proposés pour m’aider. On en a discuté beaucoup et établit une nouvelle structure. Maintenant nous sommes trois!
Pourquoi as-tu décidé de t’intéresser aux artistes underground?
C’est venu naturellement. J’ai toujours trouvé que la couverture culturelle était toujours limitée aux gros canons et aux gens qui ont déjà beaucoup de couvertures médiatiques. J’étais attiré par des formes d’arts qui étaient différentes. Je n’ai jamais été le genre à écouter Star Académie. À force, j’ai su que je voulais être une journaliste culturelle et je me suis dit que ça serait une belle façon de l’être. Je trouvais aussi qu’il y avait un manque de couverture au niveau de la relève.
Comment vous faites pour trouver les artistes et les oeuvres que vous couvrez?
Au début, tu cherches. C’est même difficile parfois. Vient un temps où tu trouves de bonnes sources d’informations par des blogues et des sites web. Puis quand j’ai parti le webzine, j’ai commencé à recevoir des communiqués de presses, beaucoup de communiqués. Maintenant, je te dirais que l’information vient à moi. Je pense que je reçois au moins 200 communiqués par jours, avec tous mes emplois combinés ça devient beaucoup.
Maintenant, même les artistes deviennent un peu funky dans leur façon de rentrer en contact avec toi. Hier soir, quand je suis rentré chez moi, il y avait une paire de billets dans ma boite aux lettres. Je me demande comment ils ont trouvé mon adresse. Je n’en ai aucune idée! (rires) Les artistes osent beaucoup! Il y en a qui viennent aussi te parler lors des évènements ou t’écrivent directement sur Facebook. La recherche est plus ou moins là tellement qu’il y en a d’offres qui te sautent dans la face.
Comment tu fais pour trier tout ça?
C’est difficile! (soupir) Parfois, il y a des choix déchirants à faire! J’ai tout le temps l’impression de vouloir me quintupler pour avoir une quinzaine de Mélissa afin de tout couvrir. Je reçois tellement d’offres! Mais je ne peux pas assister à tout. Je dois faire des choix difficiles et en plus, il y a ma vie personnelle en dehors de tout ça. Je n’ai pas le choix d’y aller selon mes goûts. En même temps, ce sont des artistes qui méritent tous d’être connus et qui ont du potentiel. C’est certain que j’en manque et que ça me désole, mais voilà l’intérêt d’avoir une équipe pour couvrir le maximum d’évènements.
Est-ce difficile de gérer une équipe?
Ça dépend de quelle équipe. Les Méconnus, ce sont des anges! Ce sont des collaborateurs passionnés avec qui j’aime travailler. Les gens qui ne sont pas agréables ne travaillent plus avec nous. Le but c’est de s’amuser aussi, il faut être passionné. On ne fait pratiquement aucun revenu, sauf pour payer la maintenance du site web. Ça peut être un gros défi de monter une équipe. Gérer les courriels d’une trentaine de collaborateurs m’a parfois donné l’impression d’être une secrétaire.
Qu’est-ce que tu aimes le plus dans Les Méconnus?
La liberté! La liberté de faire ce que je veux quand je veux. C’est extraordinaire! La ligne éditoriale, c’est moi qui l’ai choisi, au niveau de la plume où des spectacles qu’on couvre. J’aime aussi lire les collaborateurs qui ont une plume bien à eux. Pour nous, c’est aussi un plaisir de mettre de l’avant des artistes qu’on aime. On est désormais rendu des joueurs dans le milieu, dans le sens que ce qu’on dit a une influence. Je ne pensais pas que Les Méconnus allait avoir une aussi grosse résonance et j’en suis très heureuse!
Quels sont tes objectifs avec Les Méconnus?
Continuer notre bon travail et garder la passion malgré les difficultés. Il faut continuer à mettre du temps dans ce qu’on fait et de rester rigoureux. Il faut garder notre flamme allumée et ne pas tomber blasé. C’est quand même un défi. On voit beaucoup passer d’offres et d’opportunités et il ne faut pas tomber dans un automatisme ni baisser la qualité de ce qu’on fait.
Mélissa fait aussi une série de chroniques intitulée Dans les coulisses de la musique, où elle interview plusieurs intervenant dans le milieu de la musique. J’en profite pour lui poser la question qu’elle pose à tous :
Quelle est la plus grande difficulté pour un artiste, quand il commence?
J’ai vraiment l’impression que quand tu fais de la bonne musique, tu peux t’en sortir. Il ne faut pas perdre de vue qu’il y a des courants et des créneaux et que chaque musique, chaque style et forme d’art peuvent trouver son public s’il est bien dirigé en ce sens. Il faut que les artistes sachent qui ils visent. Il ne faut pas qu’ils s’attristent s’ils ne sont pas la nouvelle vague électro ou folk du moment.
Finalement, si tu avais trois artistes à suggérer qui devraient être à surveiller, ça serait lesquelles?
1. Câltar-Bateau
2. Safia Nolin
3. Simon Lacroix (dramaturge et comédien)
Les Méconnus fêtent leur trois ans le vendredi 13 mars à La Vitrola à 20h en compagnie de Rosie Valland et Kensico.
«On a trois ans, trois têtes et on est plus fort que jamais. On va fêter fort!» – Mélissa Pelletier


