
Je vous avais déjà parler du Festival Anachronik de musique rock’n’roll et vintage qui se déroule à Montréal. Pour sa 3e édition cette année, le festival se déroule dans plusieurs salles au centre-ville et présente une trentaine d’artistes locaux et d’ailleurs. J’ai décidé de faire une petite entrevue avec le directeur du festival et programmateur Frédéric Roy-Hall.
J’aimerais savoir comment le Festival Anachronik à débuté?
Avec un collègue qui ne travaille plus au festival, on avait organisé plusieurs centaines de spectacles. On avait besoin d’un peu plus de défis. On a décidé de faire un week-end de rockabilly parce qu’on était des grands fans de musique old school. On voulait rameuter plein de monde et faire un gros party dans plusieurs salles. On avait beaucoup d’expérience puisqu’on a travaillé dans plusieurs festivals à travers le monde : Coachella, Vans Warped Tour, Lollapalooza et, etc. La réception des médias s’est bien faite et à la première édition, on s’attendait peut-être à accueillir 500 personnes, mais au final on a eu 2300 personnes. Étant donné qu’on a eu un beau succès, on a décidé d’en faire un festival et de faire une deuxième, puis une troisième édition (et probablement une quatrième édition aussi). Dans le processus, ça finalement juste été un trip de gars qui aiment organiser des show wild et qui a viré dans une organisation de festival, puis on a monté une équipe et construit quelque chose qui a beaucoup de sens.
Vous programmez autant la scène locale que des formations d’un peu partout?
En réalité, il n’y a pas d’objectif local dans ce qu’on fait. Évidemment, c’est plus facile de travailler avec les artistes locaux parce que c’est une scène que l’on connait beaucoup et avec laquelle on travaille au quotidien. Donc c’est naturel d’aller vers la scène locale et c’est quelque chose qu’on aime beaucoup, mais que ça vienne de Montréal, St-Jérome ou New-York, de la musique, c’est de la musique! Je n’ai pas cet attachement-là à la musique locale, même si j’adore la musique montréalaise, je n’aime pas la musique montréalaise parce qu’elle est de Montréal, mais parce qu’elle est bonne. Je dirais qu’on a une programmation d’environ 70% à 100 kilomètres de Montréal et un 30% qui est plus varié dans les lieux de provenance.
Le fait d’axé le festival sur la musique rockabilly ne vous a pas limiter un peu?
C’est certain qu’on a beaucoup changé la direction artistique même si ça ne fait que trois ans. Si tu regardes le line-up de cette édition, tu comprends que ce n’est pas du tout rockabilly comme festival. La première année, on l’était énormément et on s’est rendu compte que l’offre n’est pas toujours la même. Si tu mets des bands rockabilly un à côté de l’autre, tu as pas mal le même résultat. L’un va mieux jouer de la guitare, l’autre aura plus d’énergie sur la batterie, mais au final, tu n’as pas une expérience variée qui en vaut la peine. C’est un peu décevant, mais on fait rapidement le tour de la musique rockabilly. La culture rockabilly par contre est très vaste. On base donc notre festival sur cette culture qui est très festive, très danse, teenagers et on garde cette tendance-là tout en allant vers le rock, le garage et le punk. Cette année, le thème du festival est le garage, mais ça va autant de Jesse Mac Cormack jusqu’à Bloodshot Bill et Ultraptérodactyle. Les gens ne reconnaitront peut-être pas le rockabilly dans ce qu’on fait, mais au final les filles vont porter leur rouge à lèvre bien rouge et les gars porteront leur manteau de cuir et leurs jeans.
Est-ce que vous avez des objectifs précis ou des objectifs d’expansion avec le festival?
L’objectif premier est de créer un week-end vraiment trippant! C’est sur qu’on a des objectifs de grandeur, mais on pense une année après l’autre. Notre objectif n’est pas de grossir, d’avoir Jack White et de faire concurrence à Osheaga. Par contre, on aimerait ça avoir plus de dates et d’être capable d’aller à 50 ou 60 artistes l’an prochain. Ce sont des choses qu’on vise, mais je crois justement qu’il y a assez d’Osheaga pour qu’on ne recrée pas cette expérience-là. Il y a un public qui aime la musique alternative et on est là pour ça. Je ne pense pas que ça irait plus gros qu’un Club Soda, mais peut-être qu’on aurait L’astral et d’autres salles de cet acabit-là. D’ailleurs, on commence à faire des partenariats de production comme avec Greenland dans le but d’avoir un potentiel d’achat plus gros et avoir des artistes un peu plus gros pour les festivaliers. On essaie aussi d’avoir une programmation différente des autres festivals.
Est-ce qu’il y a des artistes que tu aimerais avoir au festival (en excluant Jack White)?
Ça fait trois ans qu’on travaille sur une catégorie d’artistes qu’on aimerait avoir. Chaque année, c’est une question de timing. Je te dirais qu’il y en a trois qu’on essaye plus que les autres. Cette année, c’était Ty Segall, The Black Lips et Bass Drum of Death qui représentent l’esprit qu’on veut donner au Festival. Il faut pas s’étonner si l’an prochain on s’en va vers ça.
Quel serait le meilleur show que tu as vu depuis le début de ta programmation au festival?
Il y en a qu’on va se rappeler plus, il y en a qui étaient meilleurs que d’autres, mais si j’ai a en nommer un, je dirais celui de Gutter Demons de l’année passée. Il y avait quelque chose de très spécial parce que c’était un come-back. C’était très émotionnel. Tout le monde dans la salle se connaissait et savait que le band voulait revenir depuis longtemps, mais qu’ils avaient de la difficulté. Il y avait beaucoup d’histoire et de pression derrière ça. Il y a même du monde qui ont pleuré quand la première chanson à commencer, ça donne une idée de l’ambiance. Au départ, ils n’avaient pas les moyens de revenir et on leur a trouvé un nouvel agent de spectacle, un nouveau deal de distribution de spectacle, un encadrement, un nouveau gérant et tout ça pour qu’ils puissent revenir. On a travaillé là-dessus pendant environ deux ans parce qu’on avait de l’amour pour eux autres. C’était un grand moment chargé d’émotions. Voir des punks avec des larmes aux yeux, ce n’est pas quelque chose qu’on voit souvent.
Comme le décrit très bien Frédéric, le trip du Festival Anachronik, c’est « courir d’un show à l’autre pour être certain de ne pas rater le spectacle qu’on voulait voir qui est dans l’autre salle, mais avant il faut aller voir ton ami qui est dans l’autre salle pour voir le show que tu connais pas, mais que finalement tu aimes. Faire du bodysurfing au Club Soda, aller à l’after-party, boire dans une ruelle, retourner voir un show. C’est tout ça Anachronik, c’est urbain.»

