La Rue Kétanou a fait paraître, au début de cette année, son plus récent album intitulé Allons voir. Ils seront en spectacle le jeudi 19 juin au Club Soda dans le cadre des FrancoFolies.
Formé de trois amis français rencontrés au Théâtre du Fil il y a plus de quinze ans, La Rue Kétanou fait dans la chanson Tzigane, un brin ska, très bohème et surtout libre. Ils ont sillonné les routes de France accumulant le succès et les rencontres. Peut-être avez-vous déjà entendu leur slogan : « C’est pas nous qui sommes à la rue, c’est La Rue Kétanou »?
À quelques jours de leur venu au Québec dans le cadre des FrancoFolies et d’un autre spectacle à l’Impérial de Québec, je me suis entretenu avec Mourad Musset qui était à Berlin.
Depuis 16 ans que vous roulez avec La Rue Kétanou, pensez-vous avoir fait le tour?
Je ne crois pas, c’est d’abord rendu notre moyen de vivre et ensuite, on fait tellement de belles rencontres et toutes les aventures et les histoires qu’on a pu vivre sur la route. D’abord au Québec, on a rencontré Dobacaracol et beaucoup de gens et tout ça, c’est des aventures, des croisements qu’on n’aurait pas rencontrés si on ne faisait pas de musique.
Vous avez toujours chanté en Français, c’est important pour vous?
Oui, on a toujours chanté en français. On a quelques chansons qui sont en portugais, mais sinon en français, essentiellement. On est Français alors du coup, on s’est dit que c’est la langue qu’on traite le mieux. Quand on écrit des textes, c’est pour raconter des histoires. Le Français c’est ce qu’on maitrise le mieux. Moi je suis marocain, alors on pourrait aussi chanter en arabe et pourquoi pas en Espagnol, peut-être avec le temps, ça ne nous déplairait pas, mais on n’est pas rendus là.
Qu’est-ce que tu penses alors de ces groupes français qui chantent en anglais?
J’ai l’impression que parfois, ils ne maitrisent pas tous la langue. Une chanson, ça va, mais un album entier, je trouve ça dommage. On dirait aussi que les gens ne comprennent pas toujours tout ce qu’ils disent. Souvent, ce qu’on m’a dit de ces groupes, c’est qu’ils massacrent la langue. Peut-être que je me trompe, mais je trouve qu’on perd une identité. La langue française c’est la langue de Molière, de Voltaire, on est fiers de la chanter. Moi, mes parents ont immigré en France et nous ont offert cette chance de parler le français et plusieurs langues, c’est une chance oui. Oui, l’anglais est séduisant et c’est la langue la plus parlée dans le monde, et si tu veux te faire connaitre à l’international… mais je trouve que le français a son charme et on le défend!
Que penses-tu du Théâtre, toi qui es dans une troupe, penses-tu qu’il soit plus facile à exporter?
Non, je ne crois pas. Il y a plus de subventions peut-être, mais c’est pour des représentations à des endroits précis. Par exemple, aujourd’hui je suis à Berlin, tout seul. Et j’avais envie de jouer de la musique, alors je suis allé jouer dans la rue. Je rencontre tout de suite des gens, je leur parle, des gens que je ne connais pas et ils m’invitent à des endroits, prendre un café, échanger. Alors effectivement, la musique est un vrai moyen de communication directe. Si je vais jouer en Russie, en Chine ou en Australie, je trouverais tout de suite des gens à qui parler. Alors qu’avec le théâtre, il faut savoir parler la langue et dans la rue, ce n’est pas évident.
Penses-tu que c’est plus difficile de nos jours de percer pour un jeune groupe de musique?
Le métier est plus difficile, car les albums se vendent moins et là où tu récupères, c’est plus difficile. Je pense aussi qu’on n’a pas trouvé la bonne manière de faire, mais tant qu’il y a de la musique et des gens pour l’écouter, on pourra toujours aller jouer quelque part. Effectivement, c’est plus difficile, car il y a plus de gens et de proposition, ça donne un peu moins de visibilité.
Toi qui joues facilement dans la rue et qui va parler aux gens, est-ce que tu penses que tous les artistes et musiciens devraient faire ça?
Non, je pense que chacun à sa manière de faire. Il y a des trucs que j’adore, par exemple, je suis fan de Richard Desjardins, mais Richard Desjardins dans la rue, ça serait peut-être un peu plus difficile. À chacun sa manière.
Peut-être que si vous êtes chanceux, vous trouverez Mourad et ses deux comparses de La Rue Kétanou au coin d’une rue cette semaine, en train de jouer, danser et surtout, de faire des rencontres.

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